De l’auriculothérapie à l’Institut Gustave-Roussy, de l’hypnose et de la sophrologie à l’Institut Curie, du karaté et du yoga à l’hôpital Avicenne de Bobigny, de l’homéopathie au CHU de Strasbourg… Quelques hôpitaux innovent en incluant dans leurs soins de support aux patients cancéreux des médecines dites complémentaires. Une offre qui reste cependant minime par rapport à une demande grandissante.
N’en déplaise : les patients vont chercher ces médecines de leur côté. Combien sont-ils ? Beaucoup, révèle la première étude conduite à ce sujet par l’Association d’enseignement et de recherche des internes en oncologie. Verdict : 60 % d’entre eux ont recours aux médecines complémentaires – dont la moitié déclare s’y être mise après la maladie. « En tête arrive l’homéopathie, utilisée par 33 % des patients. C’est un vrai particularisme français », précise le Dr Manuel Rodriguès, président de l’association. Suivent les acides gras et les oméga 3 (28 %), les probiotiques (23 %), la consommation de vitamines C (23 %), les régimes alimentaires alternatifs (22 %), le thé vert (20 %) et la pratique d’un sport (20 %).
« Chaque jour, 1.000 personnes apprennent qu’elles sont atteintes du cancer, et 400 succombent à la maladie. La médecine a fait des progrès, mais elle a aussi ses limites. Il est donc légitime que les patients veuillent mettre toutes les chances de leur côté », analyse le Dr Jean-Loup Mouysset, oncologue et président de l’association Ressource.
Recherche cruciale du bien-être
Les malades cherchent d’abord à minimiser les effets secondaires des traitements, à booster leur système immunitaire, et, plus globalement, sont à la recherche de bien-être. Pas d’une guérison miracle. C’est toute la différence entre les médecines « complémentaires » et les médecines « alternatives ».
En adoptant d’autres remèdes en marge de leur traitement conventionnel, les patients cherchent aussi à s’approprier une maladie qui, d’examens en séances de chimio, de protocole médical à un autre, finit par leur échapper. « Les patients ont envie de participer activement à leur traitement, autant les encadrer dans cette démarche pour les orienter vers les médecines qui ne sont pas dangereuses », juge Manuel Rodriguès. « Cela permet au malade de prendre part à la démarche thérapeutique, renchérit Jean-Loup Mouysset. Cette dynamique est très importante pour la guérison. Les études montrent qu’elle contribue à un système immunitaire plus efficace. »